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Tout communication, pour être efficace, c'est-à-dire intelligible, doit répondre à un certain nombre de règles connues et appliquées par celui qui donne l'information et par celui qui la reçoit. Ces règles doivent etre assez strictes pour que la communication soit efficace et suffisamment souples pour permettre de nombreuses nuances et finesses de pensée et esthétiques.
Celui qui reçoit l'information, sûr des règles appliquées par celui qui la donne, doit pouvoir anticiper jusqu'à un certain point la réception de l'information, s'attendant à tel ou tel repère, à tels ou tels repères, écrits, sonores, visuels, graphiques, comprenant en quelque sorte à demi-mot, quitte à rectifier, à nuancer.
Le territoire étant connu, en tout cas familier, on y progresse mieux et plus vite.
Ces repères sont fournis par la place des mots dans l'unité de pensée qu'est la phrase, fût-elle longue et complexe.
On sait que le verbe conjugué, que la forme verbale non conjuguée, que le sujet de l'action se trouvent, peuvent se trouver à telle ou telle place, on les repère mieux et on donne plus facilement un sens cohérent à l'ensemble.
L'allemand est une langue de grande et longue culture. C'est aussi une langue très structurée. Le terme de "jeu de construction" (der Baukasten) n'est sans aucune doute pas usurpé. La phrase est un assemblage de mots - d'informations - que l'on réalise plus ou moins dans sa tête avant de le livrer - par écrit, par oral - à un lecteur, un interlocuteur.
Même si les mots exacts à assembler ne sont pas encore tous choisis, définis au début de la construction, on a tout de même déjà une idée précise de l'emplacement qu'ils vont y prendre. Le message à transmettre ne sera vraiment complet qu'une fois la phrase achevée. Et il ne sera complètement reçu - même si l'esprit anticipe, devine souvent en cours de route - que lorsque la phrase aura été intégralement lue, entendu par le destinataire lecteur ou interlocuteur).
On dira qu'il en est ainsi, certes, dans toute langue. C'est notamment dans le plan de l'édifice phrase et dans les techniques de construction qu'il faut chercher les différences.
Cette nécessité d'assembler d'abord dans sa tête - un assemblage qui se fait le plus souvent inconsciemment, en arrière-plan, pour celui qui maîtrise la langue - est peut-être ce qui fait le génie scientifique allemand. On imagine et on construit sur du solide, méticuleusement. Le génie français (puisqu'on compare souvent les deux pour dire qu'ils se complètent) est plus intuitif, plus brillant, plus spontané.
Toute chose étant relative, bien entendu. Il arrive aussi à l'orateur allemand d'improviser. Mais peut-être a-t-il plus de difficultés, plus de mérite donc, à retomber sur ses pieds...
Il ne faut, pourtant, pas se faire une montagne de la phrase allemande. Elle est, sans doute, plus difficile à assimiler pour quelqu'un qui n'est pas rompu à la logique et à l'abstraction - c'est particulièrement le cas de certains élèves d'aujourd'hui qui ne sont plus assez jeunes pour avoir encore l'esprit souple et malléable, qui ne sont plus à l'âge où l'esprit aurait justement besoin de se structurer. Ce peut être aussi le cas d'adultes ayant quitté l'école depuis un certain temps et qui ne sont pas ou plus rompus à tout ce qu'implique l'apprentissage.
Il faut alors plus de volonté, plus de persévérance.
Mais rien n'est impossible. Ce chapitre sur la construction de la phrase voudrait contribuer à en faciliter l'apprentissage.
J.-P. Cronimus
17.10.99